Contexte et objectifs

Les émissions de gaz carbonique (CO2) ont atteint le seuil symbolique de 400ppm en 2012, et ont encore augmenté de 2.3% en 2013. Dans le but de limiter les changements climatiques dus aux émissions de GES, la convention cadre des nations unies sur le changement climatique et son protocole de Kyoto vise à stabiliser voir réduire les émissions de GES dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Une des options pour y parvenir est la séquestration  du carbone dans les sols. Cette solution n’a pas pour seul avantage de réduire les émissions mais aussi de stocker de la matière organique dans le sol produisant des bénéfices pour l’agriculture. 

 

De nombreuses études ont montré l’impact de facteurs environnementaux et de pratiques culturales sur le stockage du carbone dans les sols. La valorisation de la fonction puits de carbone des agrosystèmes est ainsi toujours d’une actualité cruciale pour la mise en œuvre des politiques de lutte contre le changement climatique. Ou, plus généralement, la connaissance précise des bilans GES des systèmes agricoles participe à la décision sur les pratiques à mettre en œuvre dans les politiques environnementales en matière de climat. 

 

Si, en France métropolitaine, les données sur les bilans GES des systèmes agricoles sont nombreuses, les régions ultra-marines françaises restent moins documentées ; c’est, en effet, le cas de l’Ile de La Réunion. Récemment, l’agriculture réunionnaise fut sollicitée pour définir, sa contribution sur les grands enjeux du développement durable de la Réunion : application des grandes directives européennes et la loi Grenelle II de l’Environnement, contribution à l’autonomie énergétique de l’île, nécessité d'une adaptation face aux perspectives d'évolution des "soutiens", aides publiques apportées actuellement par l'Etat et l'UE.

Pour construire leur stratégie, en intégrant notamment les exigences de lutte contre le réchauffement climatique, les acteurs du monde agricole doivent disposer de références et d’outils de calcul des impacts des activités agricoles sur les émissions de GES et le stockage du carbone (dans les sols et les productions agricoles).

A La Réunion, département d’outre-mer, l’agriculture reste le principal pilier de l’économie.

La culture de la canne à sucre est la 1ère production agricole de La Réunion. Elle occupe près de 60% de sa SAU et réalise les 2/3 des exportations de l’île. Elle génère directement ou indirectement 15 000 emplois, assure 30 % des revenus des agriculteurs et produit 25 % de l’électricité consommée. Les activités d’élevage pour leur part occupent 26% de la SAU pour la production de fourrages des ruminants. Leur chiffre d’affaire avoisine le produit brut de la filière canne. En outre les prairies représentent un grand réservoir potentiel de carbone. Les cultures de maraîchage, si elles n’occupent que 1% de la SAU à la Réunion, représentent souvent un cas défavorable de gestion du carbone (peu ou pas d’apport de C, forte minéralisation). Des références sont donc particulièrement utiles pour quantifier leur impact dans les régions à forte activité maraîchère. Ces trois productions couvrent plus des ¾ des surfaces cultivées et représentent donc le principal levier d’une politique de stockage du carbone dans les sols agricoles.

Le projet C@RUN vise à développer (1) des connaissances nouvelles, à différentes échelles spatiales et temporelles, des stocks de carbone dans les sols agricoles sous cultures annuelles démontrant, ou non, leurs fonctions puits selon les systèmes étudiés, et (2) des outils de calcul simples et accessibles à tous.